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Le monde des livres du 20 mai 2009 LCI

 


Deux textes de présentation :

Le remplaçant - premier texte de présentation.
« Quand un vicomte rencontre un autre vicomte, qu'est-ce qu'y s'racontent? Des histoires de vicomtes » dit la chanson. La littérature clame l'inverse. Elle voudrait qu'aux vicomtes, on raconte des histoires de marins, aux mineurs des histoires de sages-femmes, aux fermières des histoires de ministres. L'éternelle question du sujet, celle à laquelle l'auteur cherche toujours à échapper, n'en finit pas de se poser.
Alors comment faire quand ce fameux sujet appartient au domaine de l'indicible?
Dans Le remplaçant, j'écris l'histoire de mon grand-père, qui ne devrait donc intéresser que mes proches. Je fais néanmoins le pari que quelque chose, dans son histoire mérite d'être entendu par un cercle plus large. Mon grand-père est un survivant de la Shoah. Né juif en 1911 dans une bourgade de Moldavie, il aurait dû, comme la plupart de ses voisins, de ses amis, de ses frères, être assassiné dans un camp d'extermination. Il a échappé à la catastrophe.
Mais peut-être devrais commencer par expliquer que mon grand-père, celui sur lequel j'écris, n'est pas le père de ma mère. C'est un grand-père de remplacement, l'homme avec qui ma grand-mère, la vraie, a choisi de vivre après la guerre, alors que son mari avait disparu à Auschwitz.
Ainsi le récit s'infléchit-il dès le commencement. Pour parler de la Shoah, je choisis un personnage qui ne l'a pas subie. D'ailleurs cette expression, « parler de la Shoah » sonne creux et faux.
Comment en parler, comment l'écrire? Le voilà le sujet impossible car ceux qui l'ont vécue en sont morts et ne sont donc plus là pour en parler ou pour en écouter le récit. Que deviennent les histoires de vicomtes une fois qu'on leur a coupé la tête?
Je plaisante et c'est exprès, car c'est un des seuls moyens que j'aie trouvé pour aborder les rivages les plus morbides. L'humour permet d'effectuer le détour nécessaire.
On a tendance à surestimer la faculté de compréhension, à penser que ce n'est qu'une question d'intelligence, mais, bien souvent c'est le surplus ou l'absence d'affect chez le lecteur qui détermine l'intelligibilité d'un texte.

Le remplaçant – deuxième texte de présentation
Ma mère m'a raconté autant de fois que je lui ai demandé quand et comment son père avait été déporté. Des nombreux récits qu'elle m'a livrés, il me reste très peu de choses: une année (1942), le nom des camps (Drancy puis Auschwitz). Les reste demeure flou, irrémédiablement, comme si je ne pouvais pas comprendre.
J'en suis venue à penser que cette histoire était incompréhensible et c'est pour cette raison que j'ai choisi de la raconter.
Le remplaçant, qui donne son nom au récit, n'est pas un enseignant vacataire, pas plus qu'un joueur de football de seconde zone, c'est l'homme qui, après la guerre, a remplacé mon grand-père disparu
auprès de ma grand-mère. Celui que j'appelle triple B. est un survivant professionnel, un genre d'anti-héros, d'anti-martyr aussi.
Pourquoi me suis-je attaché à cette figure?
Pourquoi choisir le remplaçant, privilégier l'ersatz?
Il m'a semblé que c'était le seul moyen, pour moi, d'aborder les rivages d'une histoire qui, par son atrocité, pétrifie, paralyse, inhibe l'entendement.
Je ne crois pas être la seule à buter contre l'énigme de la Shoah. Je pense aussi qu'il ne faut pas négliger l'aspect irreprésentable de cet événement. Un des traits qu'il est essentiel, pour moi, de faire
saillir est précisément l'incapacité où la plupart d'entre nous se trouvent à saisir le sens de cette catastrophe.
Faire un détour en racontant « l'histoire d'à côté », en le faisant autant que possible avec humour m'a paru un moyen de donner voix à l'inarticulé. « J'écris sur ce que je ne comprends pas » disait Grace
Paley. Je lui emprunte sa devise le temps d'un livre.
J'ai aussi tenu à dresser un parallèle avec la trajectoire de Janusz Korczak, pédagogue polonais et directeur de l'orphelinat du ghetto de Varsovie, parce que l'interrogation autour de mon « faux » grand-père m'avait amenée à réfléchir aux formes détournées qu'emprunte parfois la filiation. Ainsi, le remplaçant n'est-il plus seulement triple B. mais aussi le représentant de tous ceux et toutes celles qui s'occupent d'enfants qu'ils n'ont pas engendrés. Le mystère de la douceur répond ainsi, dans une harmonie ironique, à l'évidence aveuglante de l'horreur.

LE REMPLAÇANT

« Peut-être ferais-je mieux de commencer par expliquer que mon grand-père n’est pas mon grand-père. Bouz, Boris, Baruch n’est pas le père de ma mère. Le père de ma mère a été tué à Auschwitz en 1942. B.B.B. – appelons-le ainsi, pour faire plus court – est l’homme avec qui ma grand-mère, la vraie, a refait sa vie…si l’on peut dire. » Né en Moldavie, province tour à tour roumaine et soviétique avant d’être annexée par l’Ukraine -, B.B.B. traverse le siècle sans déranger personne. Occupant cette place laissée vacante, il joue un rôle à la fois discret et nécessaire. Lui, le « remplaçant », est devenu irremplaçable. En confrontant son image avec celle du pédagogue polonais Janusz Korzock, directeur de l'orphelinat du ghetto de Varsovie et remplaçant héroïque, Agnès Desarthe trace le portrait de son anti-héros favori.

Broché:
Editeur : Editions de l'Olivier Avril 2009)
Langue: Français
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